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Prise d’otages mondiale !

Le double embargo qui frappe depuis plusieurs semaines le détroit d’Ormuz aboutit à une prise d’otage de l’économie mondiale par l’Iran et les États-Unis. En asphyxiant économiquement l’Iran, les Américains veulent contraindre ce dernier à accepter leurs conditions de paix avec en ligne de mire la récupération des matières fissiles. De son côté, l’Iran espère que les pays pénalisés par le blocus pèseront sur les États-Unis afin que ceux-ci desserrent leur étreinte. Or, pour le moment, aucun des deux protagonistes ne semble prêt à céder.

Le président américain, spécialiste des négociations dans l’immobilier, est convaincu d’emporter la partie. Même si son économie subit un effet prix, Il sait qu’elle n’est en aucun cas menacée de manquer de pétrole, à la différence du Japon, de la Chine, voire de l’Europe. Les responsables iraniens savent que leur régime tient en grande partie en raison de leur inflexibilité sur tous les fronts. La mise en scène du combat contre « le Grand Satan » constitue un axe majeur de leur communication politique depuis une quarantaine d’années. Après deux mois de conflit et plus de 3000 bombardements, leur capacité à résister symbolise leur force. Déjà, entre 1980 et 1988, le régime avait prouvé sa résilience en survivant à la guerre avec l’Irak, alors réputé disposer de l’armée la plus puissante du Moyen-Orient. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’Iran vit sous sanctions depuis quarante ans. Les dirigeants se sont habitués à gérer l’adversité et à trouver des solutions pour contourner les blocus, en s’appuyant notamment sur le Pakistan, la Chine ou la Russie.

L’économie mondiale et le Moyen-Orient peuvent-ils supporter un blocus pendant de nombreux mois ? Au sein de l’OPEP, les divisions s’accentuent, comme en témoigne le départ des Émirats arabes unis qui étaient pourtant l’un des membres fondateurs de cette organisation. Habitués jusqu’à présent à dépenser sans trop compter, les pays de la région sont privés d’une grande partie de la rente pétrolière depuis plus de deux mois. Cette situation sans précédent peut mettre à mal leur économie et leur cohésion sociale. Les attaques iraniennes sur les installations, voire sur les villes, constituent une rupture pour des pays comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite qui n’avaient pas connu de conflits sur leur sol.

Les pays européens, la Chine, le Japon et la Corée du Sud, ainsi que les pays émergents ou en développement non producteurs de pétrole, subissent le bras de fer irano-américain. Pour le moment, leurs appels à une résolution du conflit restent lettre morte. Les États-Unis ont décidé de s’affranchir de leurs alliés et du reste du monde, convaincus de remplir une mission messianique : éviter que l’Iran ne dispose de l’arme nucléaire. Le coût économique est avant tout supporté par les autres, tandis que les États-Unis parviennent à accroître leurs exportations de pétrole et de gaz.

La Chine, dont l’Iran était avant le début des hostilités l’un des principaux fournisseurs, courbe l’échine tout en tissant sa toile, persuadée que cette crise pourrait accélérer la recomposition mondiale qu’elle appelle de ses vœux. Certains pays pourraient se détourner des États-Unis, considérant que le caractère imprévisible et brutal de leur politique extérieure est susceptible de remettre en cause leurs propres intérêts. La Chine pourrait ainsi apparaître comme un pôle de stabilité.

L’Europe est tétanisée et craint de perdre le filet de sécurité américain, un filet de plus en plus élimé. Les responsables européens n’osent pas franchir le Rubicon et s’affranchir de la tutelle américaine, même si celle-ci devient de plus en plus indigeste. Donald Trump l’a compris en utilisant comme arme de dissuasion un possible retrait de l’OTAN. Face à une Russie entreprenante, désireuse de reconstituer un glacis de sécurité, les Européens ne sont pas encore prêts à franchir le cap et à s’organiser sans les États-Unis. À l’exception d’Emmanuel Macron, qui est en fin de mandat, peu de dirigeants européens se sont engagés en faveur d’une Union militaire. Les tensions autour du projet d’avion du futur entre l’Allemagne et la France traduisent la difficulté à mettre en place des solutions communes en Europe et à dépasser les intérêts nationaux. Seul le retrait effectif des États-Unis de l’OTAN, ou une pression directe de la Russie sur des États membres de l’Union, pourrait contraindre les Européens à s’engager dans un aggiornamento.

À terme, la crise d’Ormuz pourrait accélérer une recomposition silencieuse du système international. En fragilisant la crédibilité américaine et en renforçant l’attractivité relative d’autres pôles de puissance, elle participe à l’émergence d’un monde plus incertain, moins ordonné, mais aussi plus concurrentiel. L’Europe, si elle persiste dans l’ambiguïté stratégique, risque d’y apparaître non comme un acteur, mais comme un espace.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°699 du 2 mai 2026

L’édito de la semaine

  • Prise d’otages mondiale !

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Un mois d’avril étonnant
  • Vers un relèvement des taux directeurs
  • L’OPEP sous tension
  • Tableau financier de la semaine
  • L’assurance vie : un trimestre de premier cru

Économie

  • Soutenabilité de l’endettement extérieur des Etats-Unis en question
  • Epargner pour investir

Conjoncture et actualités

  • Croissance nulle au 1er trimestre en France
  • La croissance cale en Europe et reste dynamique aux Etats-Unis
  • Hausse de la consommation en mars en France
  • Accélération de l’inflation en Europe et en France
  • Près de 3000 milliards de dépenses militaires en 2025
  • Légère baisse du chômage en zone euro en mars
  • Emploi stable en France
  • Demandeurs d’emploi en France en recul au premier trimestre
  • L’Europe face au réchauffement climatique

Horizons

  • Seniors et alimentation : une question de survie
  • La Chine tisse sa toile monétaire
  • Les défis du nouveau directeur général d’Apple

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