Démocratie : ne pas désespérer
Démocratie : ne pas désespérer

Que ce soit en Allemagne, en Espagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis ou en France, les gouvernements sont impopulaires. Dans la quasi-totalité des pays occidentaux, les problèmes sont semblables. En Allemagne, les habitants reprochent aux responsables publics les difficultés qu’ils rencontrent pour obtenir des rendez-vous chez les médecins. Il en est de même au Royaume-Uni. L’accès au logement est à l’origine de la crise politique espagnole du début d’octobre 2026. La baisse du pouvoir d’achat transcende les frontières. Les consommateurs réclament une réduction du prix de l’énergie et des améliorations de leurs conditions de vie. La santé, les retraites, la formation, la peur de l’intelligence artificielle sont vécus de la même façon à Londres, Paris ou Berlin. Tous les États occidentaux sont confrontés aux mêmes problèmes et peinent à trouver des solutions concrètes, ce qui génère colère et frustration au sein des populations. En France s’y ajoute certes, avec une acuité croissante, la question du financement de la dette publique, conséquence d’un demi-siècle de déficits publics.
Les populations ne croient plus en rien et surtout pas aux « élites », qui sont accusées d’avoir mené leurs pays dans des impasses. Les solutions populistes échouent, mais séduisent. Le Brexit s’est révélé une funeste décision au point que des voix se font entendre en faveur d’un retour du Royaume-Uni dans l’Union. Aux États-Unis, Donald Trump a vendu l’idée que sa politique améliorerait le pouvoir d’achat des Américains. Or, comme cela était prévisible, c’est l’inverse qui se produit.
Dans tous les pays, les citoyens considèrent que ceux qui les gouvernent, issus de la sphère technocratique, ont échoué à sortir leur pays de l’ornière. L’augmentation du niveau de formation et l’accès à l’information partout et tout le temps n’empêchent pas e recul de la raison au profit de l’émotion. Les opinions se fragmentent et se radicalisent rendant la constitution de consensus de plus en plus difficile.
L’impuissance des pays occidentaux trouve une partie de ses origines dans le vieillissement démographique et dans la faible croissance qui en résulte. Les systèmes économiques contemporains ont été bâtis sur deux fondements, l’augmentation du volume de travail et l’essor des gains de productivité. Ces deux moteurs sont en panne, en premier lieu en Europe. Les populations actives sont en déclin dans de nombreux pays. Ce processus devrait s’accélérer dans les prochaines années avec en parallèle une montée en puissance du nombre de retraités. Sur le plan de la productivité, nous sommes face à un paradoxe. Les nouvelles technologies sont censées un choc de croissance en révolutionnant notre système de production. Or, le compte n’y est pas pour le moment. Elles favorisent surtout l’émergence de monopoles et la constitution de rentes. Quelques entreprises captent une grande partie des gains du digital. Dans un contexte de croissance affaiblie, les systèmes de protection sociale coûtent de plus en plus cher. Avec la multiplication des crises et des chocs, les États sont appelés au secours en permanence et n’arrivent pas à freiner la montée des inégalités.
Face à cette situation bloquée, la tentation du repli gagne les populations, avec la mise en exergue du souverainisme comme solution à tous les maux et la recherche de boucs émissaires. Or, pour l’Europe tout particulièrement, directement concurrencée par la Chine et les États-Unis, la solution passe par des avancées fédérales, avec la création d’un véritable budget de l’Union et d’une fiscalité commune appréhendant plus finement les activités numériques. Le développement de politiques structurantes, que ce soit dans les domaines de la recherche, de la transition écologique ou des marchés financiers, constitue également une priorité. La lutte contre les monopoles ou les oligopoles devrait être au cœur des préoccupations afin de faciliter la diffusion des gains de productivité. En matière d’intelligence artificielle, la voie européenne est incontournable. En dépit de ses succès technologiques et financiers, Mistral dispose de moyens nettement inférieurs à ceux de ses principaux concurrents américains ou chinois. Cette différence limite ses capacités de calcul et sa faculté à rivaliser durablement avec les modèles les plus puissants. L’Europe ne pourra espérer jouer un rôle majeur dans l’intelligence artificielle sans mutualiser davantage ses investissements et ses infrastructures.
Les démocraties occidentales souffrent d’une crise de légitimité. Les populations demandent davantage de protection et de sécurité économique au moment même où les États disposent de marges de manœuvre financières de plus en plus réduites. Faute de croissance, les promesses politiques deviennent de plus en plus difficiles à tenir, alimentant la défiance et la tentation des solutions radicales. Les gouvernements sont de plus en plus prisonniers du court terme, sous la pression des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu. Ils éprouvent les pires difficultés à bâtir et surtout à mettre en œuvre des actions sur plusieurs années. L’absence de perspectives mine en profondeur les sociétés occidentales. La faiblesse de la croissance transforme les arbitrages économiques en conflits de répartition, chacun craignant de perdre ce que les autres pourraient gagner. Pour ne pas opter pour des remèdes obscurantistes, un sursaut est indispensable en redonnant toute sa grandeur à la notion de projet de société.
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