Evitons le chemin de croix
Evitons le chemin de croix

Que la France soit en déficit public permanent depuis plus de cinquante ans est une réalité incontournable, tout comme son état de surendettement. Cette réalité est globalement admise par une grande partie de la population, même si la valse des milliards apparaît, pour un grand nombre de personnes, abstraite. L’affaire se complique, en revanche, sur les voies et moyens pour réduire le déficit. La discussion des projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2027 nous en offre la cruelle illustration. Au fil de l’examen des textes, le déficit, au lieu de se réduire, augmente à grande vitesse. Les différents groupes parlementaires ne veulent en aucun cas endosser l’impopularité des mesures nécessaires d’assainissement, surtout à quelques mois d’élections nationales. Ils font preuve d’une surenchère démagogique. Cette inconscience budgétaire n’est pas nouvelle. Elle est l’apanage des régimes d’assemblée que la France a déjà connus sous la IIIe et la IVe République. À l’époque, les gouvernements étaient contraints de recourir en permanence aux décrets-lois, ce qui ne les empêchait pas d’avoir une faible longévité et d’être bien souvent réduits à l’impuissance. L’absence de majorité parlementaire depuis 2022 et le renforcement des pouvoirs du Parlement avec la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 ont rapproché les institutions de 1958 de leurs prédécesseuses. Depuis 2022, une seule réforme a pu être adoptée, celle concernant les retraites, réforme adoptée en ayant recours à l’article 49.3 et qui a été suspendue deux ans plus tard. La France est ainsi bloquée au moment même où la situation exige des changements majeurs.
Le nécessaire assainissement budgétaire passera par des mesures qui seront par définition sensibles et impopulaires. L’effort à mener est conséquent. Pour maîtriser la dette publique et espérer la diminuer, le solde public hors paiement des intérêts doit passer de -3 à +3 % du PIB. La réduction du déficit obligera immanquablement à réaliser des économies et à augmenter les prélèvements. L’une comme l’autre pénalisera ceux et celles qui seront concernés. La tentation de désigner des boucs émissaires, que ce soient les retraités ou les riches, est improductive. Estimer que les premiers sont les seuls responsables de la dérive des comptes publics est une ineptie, tout comme penser que seuls les riches pourront régler la facture. Évidemment, celle-ci devra être équitablement répartie. Les ménages aisés devront consentir un effort plus important.
L’assainissement des comptes publics aura, par ailleurs, un effet récessif non négligeable dans les mois qui suivront sa mise en œuvre, avec un risque élevé de récession en France. Ce fut le cas en Grèce, en Espagne ou au Portugal entre 2010 et 2015. Une montée du chômage et des inégalités est probable. Le gouvernement devra tenter d’atténuer ces effets tout en conservant son objectif. À cette fin, il devra faire preuve de transparence et avoir comme objectif de créer les conditions d’une reprise économique en s’inspirant des pays du Sud de l’Europe. La France aurait tout avantage à engager une réforme de ses prélèvements obligatoires en recherchant une plus grande neutralité économique, avec à la clé la suppression d’un grand nombre de niches fiscales qui jouent de plus en plus le rôle de rentes pour ceux qui en bénéficient. Le gain de cette suppression devrait être réparti entre les contribuables et les pouvoirs publics ; les premiers profiteraient d’une baisse des taux d’imposition. Le même travail pourrait être réalisé pour les entreprises au niveau des cotisations sociales et des aides qu’elles reçoivent. L’autre point important pour retrouver à terme des marges de manœuvre financière est l’augmentation du volume de travail. Or, les Français restent convaincus que ce dernier est voué à se raréfier, notamment avec l’intelligence artificielle, et qu’il faut le partager et le réduire. Pour autant, la France souffre d’un réel déficit de travail. Si le pays avait le même taux d’emploi que l’Allemagne, une grande partie de ses problèmes seraient résolus. Aujourd’hui, le manque de travail se traduit également par de faibles rémunérations. Son augmentation devra s’accompagner d’une hausse de ces dernières. Plusieurs leviers devraient être actionnés afin d’améliorer le taux d’emploi des jeunes et des seniors.
Toutes ces mesures sont politiquement et socialement difficiles. Leur adoption nécessitera une énergie et une volonté sans faille des pouvoirs publics. Aujourd’hui, les différents candidats à l’élection présidentielle sont dans le déni. Au sein de la population, un fatalisme s’installe sur fond d’angoisse diffuse. L’idée que la France sera sauvée par la Banque centrale européenne ou le Fonds monétaire international s’installe. Une telle intervention marquerait le déclassement du pays et serait, sans nul doute, source de tensions sociales et politiques de grande ampleur. La France a tout à gagner à se prendre en main afin d’éviter une telle humiliation.
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