Démocratie : ne pas désespérer
Chemins d’espoir, chemins de raison
En 1984, la France figurait parmi les cinq premières nations européennes pour le PIB par habitant (en parité de pouvoir d’achat). Aujourd’hui, elle se classe au 12e rang et se situe en dessous de la moyenne de l’Union européenne. Ses parts de marché à l’exportation ont été divisées par deux et le poids de la dette publique, rapporté au PIB, a été multiplié par plus de quatre, toujours sur cette même période. De nombreuses études ont souligné la baisse du niveau de formation des élèves.
Au-delà de ces statistiques, les Français ressentent les signes du déclassement à travers des réalités concrètes. La vie quotidienne de nombreux ménages devient un véritable chemin de croix. Pour obtenir un médecin référent ou pour décrocher une location, le « piston » devient la norme. Même l’achat d’une voiture, dans un marché pourtant en chute libre, peut s’avérer un parcours du combattant, les délais d’attente atteignant parfois six mois.
Entre les données objectives et le ressenti subjectif, l’écart se creuse. L’accès au logement joue un rôle important dans cette évolution. Le pouvoir d’achat des ménages, mesuré par l’INSEE, a progressé en quarante ans, mais bien moins vite que l’immobilier. Pour les jeunes ménages, les frais liés au logement peuvent représenter plus de 30 % du budget.
Le taux d’épargne qui atteint des sommets, constitue également une illusion d’optique. Ce qui pourrait être interprété comme le signe d’un certain confort matériel traduit en réalité une angoisse diffuse. Cette épargne est, pour beaucoup, le « salaire de la peur ». Les menaces de hausses d’impôts, les gels de prestations, les incertitudes géopolitiques et économiques nourrissent cette inquiétude et incitent à mettre de côté. Par ailleurs, l’effort d’épargne est avant tout réalisé par les 20 % des ménages les plus aisés et par les plus de 55 ans. Le taux de pauvreté a ainsi augmenté fortement en 2023 pour atteindre 15,3 % malgré des dépenses sociales qui représentent plus du tiers des PIB.
Le sentiment de déclin est palpable. Il n’est pas seulement dans les chiffres, mais surtout dans les têtes. Les Français oscillent entre révolte et fatalisme. Ils n’ont plus foi dans les dirigeants pour redresser la situation. Ils rejettent toute réforme, toute mesure d’assainissement des finances publiques, estimant qu’ils ont déjà consenti à d’importants sacrifices, et que c’est désormais aux « autres » de faire des efforts. Les Français ont l’impression qu’il leur faut « offrir du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » mais qu’au bout du chemin, il n’y aura pas de victoire. Comme ce fut le cas de Waterloo à juin 1940, la France semble hantée par la spirale de la défaite. Aucune corde de rappel ne semble imaginable. A défaut de messie, d’homme ou de femme providentielle, l’idée qu’il faudra mettre le pays sous tutelle du FMI ou de la Commission européenne, un jour ou l’autre, est de plus en plus partagée d’autant que le pays semble avoir renoué avec les délices de la IVe République.
Dans le plan présenté par François Bayrou le 15 juillet dernier, il manque une dose d’espoir et des perspectives qui ne soient pas que comptables. Les indispensables mesures de redressement des finances publiques doivent s’accompagner d’avancées concrètes dans la vie quotidienne. L’État et les collectivités locales devraient ainsi s’atteler, en priorité, à résoudre la crise de l’accès au logement qui mine la société française depuis plus de 30 ans. Sur le plan fiscal, une logique de donnant-donnant devrait prévaloir. La suppression des niches fiscales devrait s’accompagner d’une baisse des taux d’imposition. Pour les entreprises, la fin des aides multiples et inefficaces pourrait s’accompagner d’une refonte des barèmes de cotisations sociales. L’objectif est simple : plus de gagnants que de perdants.
Il faut surtout échapper à l’attrition qui pourrait être alimentée par une succession de mesures récessives. L’exemple de l’Espagne et du Portugal montre qu’un assainissement budgétaire peut réussir non seulement par la rigueur, mais aussi — et surtout — par la croissance. En augmentant son volume de travail, la France a les moyens de produire davantage de richesses. Elle a besoin de bras et de cerveaux dans des secteurs clés : santé, tourisme, propreté, bâtiment, etc. Ce potentiel de croissance inexploité constitue, pour les années à venir, un véritable chemin d’espoir ou, à tout le moins, de raison.
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- Chemins d’espoir, chemins de raison
Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine
- Quartiers d’été pour les marchés financiers
- Le tableau de la semaine des marchés financiers
- Epargne réglementée : une baisse à multiples effets !
Économie
- La transition écologique : rentable pour l’Union européenne, même en solo !
- Le miracle espagnol est-il un mirage ?
- La signature de la France en question
Conjoncture
- Finances publiques : le plus difficile reste à faire !
- L’arrivée de plus en plus tardive du premier enfant
- Taux d’inflation en Europe stable en juin
Horizons
- La fin du télétravail ?
- Capital-risque : l’ivresse des sommets
- Le grand jeu de bonneteau de Donald Trump
Graphiques
- Croissance du financement des entreprises
- Poursuite de la baisse du nombre lits d’hospitalisation en Europe
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