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6 décembre 2025 • Éditos de la Lettre Éco

Quand les autruches ouvriront les yeux !

Dans son rapport « démographie et finances publiques » publié au début du mois de décembre, la Cour des comptes nous rappelle que le vieillissement de la population française et la baisse du taux de fécondité auront de fortes incidences économiques et financières dans les prochaines années. Les sages de la rue Cambon observent que les pouvoirs publics n’aient pas pris en compte la mutation démographique en cours dans la trajectoire des finances publiques, et s’en inquiètent.

La proportion de plus de 65 ans au sein de la population devrait passer de 22 à 30 % de 2024 à 2070. Le nombre d’actifs par rapport à celui des retraités, qui était de 4 dans les années 1960, devrait être de 1,4 en 2070. Sans immigration, la population française aurait baissé en 2025, le nombre de naissances étant inférieur à celui des décès. Ce vieillissement signifie plus de dépenses de retraite et de santé et moins de recettes, en raison de la diminution du nombre d’actifs à l’origine de la création de richesses. Mécaniquement, la croissance française risque de s’étioler dans les prochaines années avec, en parallèle, la poursuite du dérapage des finances publiques. En la matière, nous partons avec un sérieux handicap : plus de 50 de déficits et l’absence de provisions, sauf pour certains régimes complémentaires de retraite comme l’AGIRC-ARRCO.

Ces données sont connues de longue date mais les Français optent pour la politique de l’autruche. Tout en sachant que le papy-boom impose des réformes, ils essaient de gagner du temps selon le principe « après moi le déluge ». C’est un peu comme pour la transition écologique : la menace est réelle mais beaucoup considèrent que cela peut attendre ou qu’il faut se résigner.

Dans tous les pays occidentaux, et même en Russie, la réforme des retraites est un sujet conflictuel mais, in fine, les adaptations sont réalisées. En France, les retraites constituent un dossier éminemment sensible et politique. Est-ce lié au fait qu’il a fallu attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour instituer une assurance vieillesse pour toutes et tous, bien longtemps après l’Allemagne ou le Royaume-Uni ? Est-ce dû au fait que le système est d’une rare complexité avec moult régimes spéciaux ? Est-ce que cela tient au fait qu’en France, tout problème remonte au sommet ou est-ce lié à la permanence de la lutte des classes ?

Certains voudraient tordre le cou à des statistiques sans âme, mais celles-ci sont implacables. La démographie avance comme un tanker : même s’il y avait un rebond de la natalité, actuellement peu probable, ses effets ne se feraient sentir que d’ici un quart de siècle. Quoi qu’il en soit, la France a un problème à régler avec l’augmentation de trois postes de dépenses : les retraites, la santé et la dépendance. Le déficit de la Sécurité sociale dépasse déjà 20 milliards d’euros et celui-ci n’intègre pas les régimes de retraite de la fonction publique. Le gouvernement n’a pas d’autre solution que de transférer les déficits à venir à la Caisse d’amortissement de la dette sociale, caisse qui aurait dû être supprimée en 2009… Cela revient à faire payer aux actifs de demain les dépenses sociales d’hier, sachant que celles d’aujourd’hui ne sont pas intégralement financées.

Les Français constatent l’effritement de leur système de protection sociale dont ils étaient fiers. Ils éprouvent de plus en plus de difficultés à obtenir leurs rendez-vous médicaux. Les délais s’allongent pour la cardiologie, la dermatologie, la gynécologie ou l’ophtalmologie, au risque de mettre en jeu la santé des patients. Les hôpitaux sont sous tension depuis des années et craignent l’arrivée d’une population de plus en plus âgée, en proie à des pathologies multiples.

Compte tenu de la gravité de la situation, il y a nécessité à jouer cartes sur table. Des solutions pour les vingt prochaines années doivent être trouvées. Elles passent par une création de richesses accrue. Celle-ci suppose plus de travail, plus de capital, plus de productivité. Sans croissance, une attrition de notre système social est incontournable. Une réduction drastique de l’immigration suppose une augmentation du volume de travail par les résidents et l’obtention de gains de productivité. Pour certains métiers, en particulier dans le secteur médical compte tenu de la durée des formations, l’accueil d’étrangers apparaît indispensable.

Certes, certains imaginent possible de jouer sur les prélèvements obligatoires. Or, la France figure parmi les pays où ils sont les plus élevés. Les augmenter risque de peser sur la croissance. Il ne faut pas oublier que tout impôt, toute cotisation ou toute taxe est payé par les personnes actives. D’autres estiment que les ménages les plus aisés peuvent régler les déficits et les dépenses sociales des prochaines années. Cette voie peut se justifier au nom de l’équité, mais il ne faut pas oublier que l’ampleur des sommes en jeu est hors de proportion avec les facultés contributives même des plus riches.

Aujourd’hui, les solutions ont en commun d’être récusées par une majorité de la population. Pour sortir de cette nasse, les gouvernements auraient tout à gagner à présenter avec la plus grande transparence possible des projections de dépenses sociales et à mettre en face les options possibles. L’économie, la démographie et les comptes publics n’obéissent pas au déni.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°678 du 6 décembre 2025

L’édito de la semaine

  • Quand les autruches ouvriront les yeux !

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Vers une nouvelle baisse des taux de la FED
  • Majoration de CSG : assurance vie exonérée mais pas le PER
  • Le tableau financier de la semaine
  • Dubaï : le nouvel Eldorado pour la finance
  • Démographie et finances publiques : un rapport explosif
  • Fiscalité et patrimoine : quelles réformes ?
  • Les grandes entreprises françaises : un retour des capitaux étrangers ?

Économie

  • Un krach : les quatre risques !
  • Comment l’Europe peut-elle conserver son épargne ?
  • La réindustrialisation made in America : une utopie

Conjoncture et actualités

  • Inflation : divergences au sein de la zone euro
  • Stabilité du chômage en zone euro
  • La filière automobile française face à d’importants défis
  • Le tourisme en France : près de 4 % du PIB
  • L’industrie française en pause en octobre

Horizons

  • Les voitures autonomes : la révolution qui chemine
  • Espace : l’Europe distancée ?

Graphiques

  • Plus de 400 millions de passagers dans les ports européens
  • Tous connectés !

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