Démocratie : ne pas désespérer
Pour l’imagination au pouvoir
Dans les prochaines années, le pouvoir et, au-delà, nous tous, devrons faire preuve d’imagination. Le vieillissement démographique nous impose une véritable mutation économique que nous refusons encore d’admettre. Les données sont connues et sans appel. Le nombre de retraités, qui était de 5 millions en 1981, est aujourd’hui de 17 millions et atteindra près de 24 millions au milieu du siècle. Dans le même temps, en raison de l’évolution de la fécondité, la population active commencera à diminuer dans les prochaines années, d’autant plus que le solde migratoire se réduira.
Plus de retraités, c’est mécaniquement plus de dépenses de pensions et de santé. Moins d’actifs, c’est moins de création de richesses, sauf à compter sur des gains de productivité. Or, ces derniers sont faibles, voire absents, depuis plusieurs années. Compte tenu des besoins en matière de santé, de retraite et de dépendance, dont le coût pourrait doubler d’ici à 2050, la situation risque de devenir rapidement intenable.
Rien que pour faire face à la perte d’autonomie, entre 150 000 et 200 000 emplois devront être créés d’ici à 2050, auxquels s’ajoutera le remplacement des professionnels partant à la retraite. Pour placer la France dans la moyenne européenne en matière de densité de médecins généralistes (1,7 médecin pour 1 000 habitants contre 1,4 actuellement), il faudra, d’ici le milieu du siècle, entre 20 000 et 25 000 médecins supplémentaires. En 2026, plus de 6 millions de personnes en France ne disposent pas de médecin référent, ce qui pose un réel problème de santé publique. Avec les départs à la retraite de nombreux médecins, ce nombre ne peut qu’augmenter. Les pouvoirs publics devraient, en la matière, prévoir un système d’inscription par défaut des patients auprès des médecins.
Avec le vieillissement de la population, les besoins en soins infirmiers devraient augmenter de 50 % dans les vingt-cinq prochaines années, ce qui supposerait environ 80 000 infirmières et infirmiers supplémentaires par rapport à la tendance actuelle. Le souhait légitime des Français de résider le plus longtemps possible à domicile accentuera encore cette demande. Tous les territoires sont concernés par les pénuries de professionnels de santé. En milieu rural, les déplacements sont coûteux et chronophages. En milieu urbain, le prix du foncier et les difficultés de transport sont tout aussi dissuasifs.
La question des aidants familiaux constitue un autre facteur déterminant. Avec la dispersion géographique des familles, leur recomposition et l’allongement de l’espérance de vie, le nombre d’aidants familiaux est amené à se contracter.
Actuellement, entre 8 et 10 millions d’aidants soutiennent environ 2,1 millions de personnes dépendantes. Qu’en sera-t-il en 2030 ou en 2050, lorsque ces dernières seront près de 3 millions ?
Nous sommes ainsi confrontés à un problème économique et financier, mais aussi à un problème d’organisation des services de soins et de prise en charge de la dépendance. Sans croissance, les arbitrages nécessaires seront d’une rare brutalité : soit réduire drastiquement la générosité du système social, soit augmenter les prélèvements obligatoires pesant sur les actifs. Jusqu’à présent, le Parlement a refusé l’une comme l’autre de ces options. La solution la plus vertueuse passe par une augmentation de la création de richesses. Celle-ci n’est pas hors de portée, comme en témoignent l’Espagne, dont le taux de croissance avoisine 3 % depuis plusieurs années, ou le Portugal, qui enregistre désormais un excédent budgétaire. Plus de croissance passe par davantage de travail, de capital et d’innovation. Or, la France a fait le choix collectif de l’attrition. Le nombre d’heures de travail rapporté à l’ensemble de la population est l’un des plus faibles d’Europe : environ 666 heures travaillées par habitant et par an, contre une moyenne européenne de 776 heures. En Allemagne, ce chiffre est de 724 heures et en Italie de 767. Cet écart s’explique par un déficit d’emplois chez les moins de 25 ans et les plus de 60 ans, ainsi que par une durée annuelle du travail parmi les plus faibles. C’est un choix collectif, mais qui a un coût. S’agissant du capital, la France dispose d’une épargne abondante et attire des capitaux étrangers. En revanche, l’insuffisance des efforts en matière de recherche et d’innovation pèse sur la productivité.
Au-delà de ces considérations économiques essentielles, des efforts d’organisation importants devront être engagés dans les prochaines années pour répondre aux besoins de la population. La multiplication des maisons médicales, le recours à l’intelligence artificielle et à la robotisation, ainsi que l’amélioration de la coopération et de la coordination entre professionnels de santé sont indispensables. L’évolution du métier de pharmacien, appelé à vacciner, dépister et orienter les patients, constitue déjà un progrès tout comme l’élargissement des missions dévolues aux infirmières.
Compte tenu de la nécessité de garantir à toutes et à tous un accès à des soins de qualité, une planification souple mais réelle est indispensable, en intégrant le fait que les professionnels de santé sont de moins en moins des libéraux et de plus en plus des salariés. Les complémentaires santé, dont le rôle s’accroît, devront être mieux associées et ne pas être reléguées au rang de simple variable d’ajustement. Une répartition claire des missions devrait être définie avec l’idée qu’elles peuvent jouer un rôle clé en matière de prévention et de soins du quotidien.
Le choc démographique est certain, son coût aussi. À nous d’échapper au cercle vicieux qui conduirait à sacrifier notre idéal social. La voie passe par la croissance et par la mise en œuvre de solutions innovantes, à défaut d’être révolutionnaires.
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- Pour l’imagination au pouvoir !
Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine
- Intelligence artificielle : le retour de la raison ?
- Intelligence artificielle : le retour de la raison ?
- L’or a-t-il fini de briller ?
- Crise de nerf sur le bitcoin
- Statuquo monétaire pour la BCE sur fond de baisse des prix
- Tableau financier de la semaine
Économie
- Les pays occidentaux face au mur des déficits publics
- L’Europe : une superpuissance qui s’ignore !
Conjoncture et actualités
- Une inflation en voie de disparition ?
- La France : pays de la zone euro avec l’inflation la plus faible
- Production industrielle française : recul en décembre
- Amélioration fragile de la balance commerciale de la France
- Amélioration fragile de la balance commerciale de la France
- Les diasporas africaines, acteurs économiques et sociaux de premier plan
- Le mur de la dépendance se rapproche
- Retraite et santé : les deux moteurs de la dépense publique en France
Horizons
- L’Intelligence artificielle face au mythe de la fin du travail
- Le dollar est mort, vive le dollar
Graphiques
- Plus de la moitié des entreprises européennes utilisatrices du cloud
- Près de 10 % de la population européenne rencontrent des problèmes pour chauffer leur logement
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