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21 mars 2026 • Éditos de la Lettre Éco

Libérez les territoires !

Les élections locales ont longtemps constitué un îlot de résistance face à la montée de l’abstention. À rebours des scrutins nationaux, elles semblaient consacrer l’attachement des citoyens à leurs élus de proximité, garants d’une action concrète et visible. Cette exception tend toutefois à s’effacer. Entre 2001 et 2026, le taux de participation aux élections municipales est passé de près de 70 % à moins de 50 %, traduisant l’extension du désengagement électoral à l’ensemble des niveaux de décision. Ce recul s’alimente d’un sentiment désormais largement partagé : celui d’un affaiblissement du pouvoir réel des élus locaux face à la montée en puissance de la technostructure, à l’enchevêtrement des normes et à la dilution des responsabilités entre échelons territoriaux. Dans ce contexte, la vie politique apparaît de plus en plus comme une compétition pour la conquête du pouvoir, au détriment de l’élaboration et de la mise en œuvre de projets structurés. Les programmes cèdent le pas aux formules brèves adaptées aux réseaux sociaux, tandis que les discours se fragmentent pour répondre à des logiques de segmentation de l’électorat, rendant plus difficile l’émergence de compromis durables.

Cette lassitude démocratique n’est pas sans conséquences pour le fonctionnement de l’économie de marché. Elle s’accompagne d’une progression de l’individualisme et d’une érosion des comportements coopératifs. L’intérêt général tend à s’effacer derrière la défense de positions acquises. L’acceptation de l’effort, qu’il s’agisse du travail ou de l’impôt, devient plus difficile. Toute réforme est perçue comme une menace plutôt que comme une adaptation nécessaire. Dans ce contexte, les campagnes locales n’échappent pas à une inflation de promesses, souvent coûteuses, destinées à capter un électorat devenu plus volatil. La tradition de modération budgétaire qui caractérisait autrefois les collectivités territoriales s’est progressivement atténuée. Sur longue période, les effectifs de la fonction publique territoriale ont augmenté de près de 50 %, en partie sous l’effet des transferts liés à la décentralisation. Dans le même temps, les dépenses locales ont progressé à un rythme soutenu, de l’ordre de 1,7 % par an en volume depuis la fin des années 1990, soit davantage que celles de l’État et à un niveau proche de celles de la Sécurité sociale.

Pour autant, les collectivités territoriales demeurent un acteur central de l’économie française. Elles assurent près de 70 % de l’investissement public et portent des missions essentielles, qu’il s’agisse des infrastructures, des réseaux, de l’éducation ou encore du développement économique local. Leur rôle est d’autant plus déterminant que de nombreuses entreprises dépendent directement de leurs décisions. Or, aujourd’hui, les collectivités, au premier rang desquelles les communes, sont corsetées par la prolifération des normes. En matière d’urbanisme, l’implantation d’entreprises, notamment industrielles, la création de lotissements ou d’équipements sportifs relèvent trop souvent du chemin de croix. Les projets s’étirent sur des années, voire des décennies, et exigent une détermination d’airain de la part des élus. En France, plus qu’ailleurs, l’État conserve jalousement son pouvoir normatif et maintient les collectivités sous tutelle, même quand il transfère des compétences. Cette situation est renforcée par le jeu des financements croisés, presque toujours conditionnés à des objectifs définis par l’échelon central.

Accroître les libertés locales ne peut que favoriser l’initiative et la croissance. Pour résorber la crise du logement, qui touche en priorité les jeunes actifs et les ménages modestes, les communes doivent pouvoir mobiliser plus librement leur foncier. La protection de l’environnement est légitime, mais elle ne doit pas conduire, dans un contexte de croissance de la population, à une aggravation du mal-logement. Sur le plan financier, les élus doivent responsabiliser leurs choix d’investissement et limiter autant que possible le recours aux cofinancements qui incitent à multiplier les projets sans toujours mesurer les charges de fonctionnement qu’ils engendrent à long terme.

La démocratie locale constitue une des voies de dynamisation de l’économie française. Redonner des marges de manœuvre aux collectivités, clarifier les responsabilités et simplifier le cadre normatif ne relèvent pas seulement d’une exigence institutionnelle ; ils conditionnent la capacité du pays à investir, à innover et à s’adapter aux mutations en cours. Le niveau local peut redevenir un levier de confiance et d’efficacité collective.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°693 du 21 mars 2026

L’édito de la semaine

  • Libérez les territoires !

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Marchés sous tensions persistantes
  • Tableau financier de la semaine
  • L’épargne salariale, une épargne longue au service de la retraite
  • Les enfants, les écrans et l’argent

Économie

  • Les illusions du mercantilisme
  • Marchés financiers : la grande recomposition des placements

Conjoncture et actualités

  • La révolution de l’euro numérique
  • Transition écologique : le difficile passage à l’acte
  • Augmentation de la création d’entreprises en France en février

Horizons

  • L’économie mondiale face au choc d’Ormuz
  • Les riches sont-ils indispensables pour les Etats-Unis ?

Graphiques

  • Salaires : une hausse de 2,1 % en France en 2025
  • Les maladies cardiovasculaires : premières causes de décès en Europe

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