Articles les plus lus

  • Démocratie : ne pas désespérer

    10/10/2026 • Temps de lecture : 4 min
  • Tendances – Royaume-Uni – Europe – polarisation des idées – pouvoir d’achat

    9/01/2026 • Temps de lecture : 14 min
  • Economie – Japon – Etats – Unis – inégalité

    16/01/2026 • Temps de lecture : 5 min

Pour l’union franco-allemande !

L’Europe a besoin d’un nouveau moteur. Depuis plusieurs années, elle donne le sentiment d’avancer au ralenti, de gérer les crises plutôt que de préparer l’avenir. La pandémie, la guerre en Ukraine, les tensions commerciales avec la Chine et les États-Unis, la crise énergétique ou encore les questions migratoires ont pourtant démontré sa capacité de réaction. L’Union européenne sait répondre aux urgences, parfois même avec efficacité. En revanche, elle peine à faire émerger un projet politique mobilisateur. Les recommandations de Mario Draghi sur la compétitivité européenne s’enlisent déjà dans les méandres institutionnels et les prudences nationales. L’Europe patine car le couple franco-allemand est encalminé. Or, l’histoire européenne démontre que les grandes avancées ont toujours reposé sur une impulsion franco-allemande.

Quelques mois avant d’abandonner l’un la Chancellerie à Bonn et l’autre le Palais de l’Élysée, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing réfléchissaient déjà à un rapprochement renforcé entre leurs deux pays. Quarante-cinq ans plus tard, cette idée conserve une réelle actualité. À l’heure où le monde se structure autour de grands ensembles continentaux et de rapports de puissance assumés, la fragmentation européenne devient un handicap. La France et l’Allemagne demeurent le cœur économique et politique de l’Europe. Les deux pays sont davantage complémentaires qu’opposés. L’Allemagne dispose d’une puissante base industrielle, certes fragilisée par la hausse des coûts énergétiques, le vieillissement démographique et la concurrence chinoise. La France s’est davantage spécialisée dans les services, le tourisme, les transports, le luxe et la finance. Elle conserve néanmoins de solides positions industrielles dans l’aéronautique, le spatial, le nucléaire, les industries de défense ou encore certaines hautes technologies.

Le contraste énergétique entre les deux pays pourrait même devenir une force. La France bénéficie d’importantes capacités de production électrique d’origine nucléaire quand l’Allemagne a privilégié le solaire et l’éolien. Longtemps perçues comme antagonistes, ces stratégies pourraient demain se révéler complémentaires dans le cadre d’un véritable marché intégré de l’énergie.

La complémentarité existe également dans l’automobile. L’industrie allemande s’est imposée dans le haut de gamme tandis que celle de la France demeure présente sur les segments intermédiaires. En revanche, les constructeurs français ont su prendre plus rapidement le vent de l’électrification. Dans un tel contexte, Peugeot et Renault auraient certainement eu plus d’intérêts à se rapprocher d’un des constructeurs allemands au lieu de constituer des alliances avec des concurrents directs. Il faut regretter l’absence d’entreprises véritablement franco-allemandes capables de rivaliser avec les géants américains ou chinois. Certes, les différences culturelles, les modes de gouvernance ou les systèmes de formation compliquent les rapprochements. Mais ces obstacles existent également entre le Japon et les États-Unis ou entre la Chine et l’Europe. Ils n’empêchent pas les alliances stratégiques lorsque les intérêts convergent.

Le temps est venu d’une initiative forte. Une véritable union franco-allemande pourrait constituer le socle d’une relance européenne. Elle pourrait reposer sur une harmonisation progressive des règles fiscales et sociales, sur la création d’une grande place financière commune qui serait un puissant catalyseur pour la mise en œuvre du marché intégré des capitaux européen. Un indice réunissant les cinquante principales valeurs françaises et allemandes pourrait devenir une référence pour les investisseurs internationaux. Les deux gouvernements pourraient également lancer des programmes coordonnés de recherche dans les secteurs stratégiques — intelligence artificielle, défense, énergie, semi-conducteurs, biotechnologies — et mettre fin aux compétitions stériles visant à attirer les mêmes usines à coups de subventions publiques. L’Europe souffre moins d’un manque de moyens que d’une dispersion de ses ressources. Cette union ne saurait être seulement économique. Elle devrait également être culturelle. La relance de l’apprentissage de l’allemand en France et du français en Allemagne contribuerait à donner du corps à cette union. Les échanges universitaires, les doubles diplômes et les formations professionnelles communes devraient devenir la règle et non l’exception. Le principe d’un conseil des ministres commun réuni chaque mois pourrait être réactivé. Des ministres communs aux deux gouvernements pourraient être également nommés. Une telle union dépasserait le cadre purement bilatéral en provoquant une onde de choc. Le Benelux rejoindrait sans doute une telle initiative. D’autres États pourraient s’y associer progressivement autour de projets concrets. Après tout, l’Europe s’est toujours construite par cercles pionniers. La Communauté européenne du Charbon et de l’Acier, le Marché commun, Schengen ou l’euro sont nés de coopérations renforcées avant de devenir des projets collectifs.

Certes, nombreux sont ceux qui considère qu’une telle initiative a peu de chances d’aboutir à court terme compte tenu de la proximité de l’élection présidentielle française, et de la faible popularité des dirigeants de part et d’autre de la frontière des responsables politiques. Le climat n’est guère propice aux grands desseins. Pourtant, c’est souvent dans les périodes d’incertitude que naissent les projets fondateurs. C’est au pied du mur que l’on reconnaît le talent du maçon.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°701 du 16 mai 2026

L’édito de la semaine

  • Pour l’union franco-allemande !

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Les marchés face à l’inflation
  • Tableau financier de la semaine
  • L’équation budgétaire compliquée par la hausse des taux
  • La Grèce : un exemple pour l’Europe

Économie

  • Quels débats économiques pour les prochaines élections en France ?
  • Les pétrodollars survivront-ils à la guerre au Moyen-Orient ?

Conjoncture et actualités

  • Le chômage au-dessus des 8 % en France au premier trimestre
  • L’économie françaises : de la résilience et des inquiétudes
  • Repli des créations d’entreprises en France au mois d’avril
  • Hausse de l’inflation confirmée en avril

Horizons

  • La révolution automobile chinoise en marche
  • La relance de la construction européenne : un enjeu majeur pour la croissance

Graphiques

  • Légère augmentation des crédits à l’habitat en mars
  • Près de 70 000 défaillances d’entreprise en France
  • Augmentation du coût du travail au premier trimestre

Suivre l’actualité économique avec la Lettre Éco

Chaque samedi, l’analyse de l’actualité économique, des marchés, de l’épargne et des tendances de fond par Philippe Crevel. Accessible sur abonnement, à titre individuel ou collectif.

Consultez d'autres articles