Démocratie : ne pas désespérer
Le retour des vieux démons
En voyage officiel en Chine, au début du mois de décembre, le Président Emmanuel Macron a annoncé qu’il était prêt à augmenter les droits de douane sur les produits en provenance de ce pays, considérant que le déséquilibre commercial était excessif. En 2025, avec l’ensemble de ses partenaires, la Chine devrait dégager un excédent de 1 000 milliards de dollars, un record, et cela malgré la majoration des droits de douane décidée par Donald Trump. Cet excédent prête à discussion. Est-il le résultat d’un avantage compétitif réel de la Chine ou de pratiques commerciales discutables sur fond de dumping et de sous-évaluation du yuan ? Logiquement, la monnaie d’un État ayant un excédent commercial important devrait s’apprécier, ce qui réduit à terme sa compétitivité. Or, cette correction ne joue pas pour la Chine qui tend à manipuler le cours de sa monnaie. Par ailleurs, une grande partie des échanges chinois s’effectue en dollars. Le FMI estime que la Chine se doit de relancer la demande intérieure pour réduire ses excédents. Aujourd’hui, les gains issus des exportations ne ruissellent pas, les Chinois préférant épargner que consommer afin de préparer leur retraite. Dans ce contexte, l’industrie dispose d’importantes capacités de production inexploitées, ce qui favorise la baisse des prix. La déflation menace l’économie chinoise.
Après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion à l’époque des États-Unis, la libéralisation des échanges avec le recours à des procédures collectives de règlement des conflits a prévalu pour le bonheur de toutes et de tous. L’Organisation mondiale du commerce (OMC), créée le 1er janvier 1995, a parachevé l’édifice ainsi bâti.
Avec Donald Trump, les États-Unis entraînent le monde sur une pente glissante avec une primauté donnée au rapport de force en lieu et place du respect de l’État de droit. Les verrous institués depuis quatre-vingts ans à l’encontre du protectionnisme sautent. À partir du moment où la première puissance importatrice mondiale, les États-Unis, décide d’entrer dans une guerre commerciale, la tentation est grande pour les autres de pratiquer de même en adoptant des mesures de rétorsion afin de protéger leur marché. Face aux mesures de l’Occident, la Chine opte pour le chantage sur les métaux rares, disposant en la matière d’un quasi-monopole.
Le retour du souverainisme dans le débat public fleure la sinistre décennie des années 1930. Le protectionnisme appelle le protectionnisme et l’autarcie est l’antichambre de la guerre. La peur de l’autre est contagieuse. L’humanité renoue avec ses vieux démons : la haine de l’étranger et le repli sur soi. Dans cette diagonale du fou, c’est l’Europe qui a le plus à perdre. Elle tire une grande partie de sa richesse du commerce extérieur. Dans le cas de la France, plus de 3,5 millions de salariés vivent des exportations qui représentent 34 % du PIB. Avec une population européenne en déclin, les marchés extérieurs sont essentiels pour préserver notre mode de vie. Face à la fermeture des États-Unis, une réorientation du commerce est prônée. Elle passe en particulier par l’Amérique latine. Or, en France, tous les groupes parlementaires sont contre l’accord Mercosur visant à faciliter les échanges avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, par crainte d’une invasion de produits agricoles. Ces mêmes arguments ont été soulevés lors des accords avec la Nouvelle-Zélande et le Canada ; or, in fine, ces accords ont été profitables à la France, y compris pour l’agriculture. En France, le protectionnisme a souvent été tendance, de Méline au XIXᵉ siècle à aujourd’hui. En 1958, le général de Gaulle, pourtant peu europhile, avait accepté le traité de Rome mettant fin aux barrières tarifaires entre les États membres, convaincu que cette libéralisation obligerait les entreprises à se moderniser.
En 2025, des voix en faveur de la fermeture se font entendre afin de mettre un terme à la désindustrialisation ; or celle-ci trouve avant tout ses origines en interne. C’est le manque de dépenses de recherche, d’investissement et de formation qui explique que l’industrie française et, plus globalement, européenne a loupé le coche des technologies de l’information et de la communication. Aux Européens de surmonter leurs faiblesses en ne tombant pas dans le piège du protectionnisme.
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- Le retour des vieux démons
Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine
- Incertitudes sur la baisse des taux en 2026
- Le tableau financier de la semaine
- Il n’y a pas que l’or au sommet
- Le succès grandissant des fonds tokenisés
Économie
- Donald Trump face à la chute de sa popularité
- Le Royaume-Uni : le coûteux isolement
- Tensions sur les marchés du travail américain et européen
Conjoncture et actualités
- Conjoncture : une fin d’année encourageante pour la France
- Un projet de loi de financement de la Sécurité sociale adopté au forceps !
- Une croissance mondiale résiliente mais menacée
- Radioscopie de l’industrie française
- Inflation en France : toujours à un niveau très faible
Horizons
- Etats-Unis : un marché du travail difficile à lire
- Pourquoi les capitales sont capitales ?
Graphiques
- Reprise sur le marché des crédits aux particuliers
- Défaillances d’entreprises : stabilisation à un haut niveau
- Les entreprises françaises parmi les moins profitables !
- Les dépenses de recherche et développement en Europe : 400 milliards d’euros
- Les entreprises françaises s’endettent pour investir
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