Démocratie : ne pas désespérer
Un esprit de conquête pour l’Europe
Au troisième trimestre, le taux de croissance de la France a été plus de deux fois supérieur à celui de la zone euro : 0,5 % contre 0,2 %. Ce résultat, en complet décalage avec le pessimisme ambiant, s’explique avant tout par la vitalité des exportations portées par les ventes d’avions à l’étranger. Cette performance illustre la capacité du pays à réussir dans un secteur de pointe. Airbus s’est hissé à la première place mondiale des constructeurs aéronautiques, devançant Boeing. Ce succès n’est pas seulement français ; il est européen. Il résulte d’une coopération engagée au cœur des années 1960 avec la mise en chantier de l’A300. Airbus démontre la puissance des rendements d’échelle et des synergies industrielles qu’autorise un projet commun entre plusieurs États européens. Sans la création de ce consortium, jamais l’Europe n’aurait pu rivaliser avec les États-Unis sur un marché aéronautique en pleine expansion.
Pourtant, les Européens n’ont pas su tirer toutes les leçons de l’exemple d’Airbus. Dans les autres secteurs technologiques, la fragmentation des marchés demeure. Qu’il s’agisse des microprocesseurs, des batteries, des technologies de l’information et de la communication ou de l’intelligence artificielle, les acteurs restent souvent nationaux et insuffisamment intégrés à l’échelle du continent. Or, la puissance économique de demain reposera sur la capacité à traiter un volume massif de données. Une Europe morcelée part avec un handicap majeur, laissant la porte grande ouverte aux géants américains et chinois.
Cette faiblesse tient également à l’absence d’un marché européen des capitaux véritablement unifié. Les financements demeurent essentiellement nationaux, à l’exception de quelques très grandes entreprises. Cette situation freine le développement des start-up européennes souvent contraintes de chercher des partenaires ou des investisseurs outre-Atlantique. Les projets de la Commission européenne visant à édifier un grand marché de capitaux devraient être mis en œuvre sans délai, parallèlement à la création d’un marché européen de l’épargne.
L’émergence d’acteurs européens de la haute technologie suppose un effort accru en matière d’innovation, de recherche-développement et de formation. L’Union européenne devrait jouer un rôle de catalyseur, en agrégeant les initiatives et en facilitant les financements. Compte tenu des risques inhérents à ces secteurs, le niveau européen est le seul à offrir une mutualisation suffisante. De plus, l’Union dispose d’une capacité d’endettement que les États membres n’ont plus. Un tel endettement contribuerait, en outre, à renforcer l’euro comme monnaie de réserve internationale.
Enfin, la construction européenne ne pourra se poursuivre que par l’affirmation d’une identité partagée, fondée aussi sur la culture et la langue. L’apprentissage des langues étrangères en est une condition sine qua non. Même si cela heurte parfois certaines sensibilités, l’anglais s’impose aujourd’hui comme la langue universelle des affaires. Les Chinois, les Indiens ou les Russes le pratiquent pour commercer. La France demeure en retrait, ce qui constitue une faiblesse pour son commerce extérieur. De même, la mobilité étudiante reste insuffisante : le programme Erasmus, malgré son succès, ne concerne encore que 5 % des étudiants européens. Il est urgent de faire de cette mobilité et de cette ouverture linguistique un pilier de la future puissance européenne.
L’Europe ne manque ni de talents, ni de moyens, ni d’idées. Ce qui lui fait défaut, c’est la volonté et la capacité d’unir ses forces. L’exemple d’Airbus rappelle qu’elle peut réussir quand elle agit comme une puissance et non comme une addition de nations. Face à la nouvelle géopolitique des technologies, il est temps de renouer avec cet esprit de conquête. L’avenir ne se gagnera pas en ordre dispersé mais dans le ciel d’une ambition commune.
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- Un esprit de conquête pour l’Europe
Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine
- Mouvement de taux aux Etats-Unis, statu quo en Europe
- Le tableau financier de la semaine
- Les achats d’or toujours dynamiques
Économie
- L’Europe : la première victime du protectionnisme américain
- Europe : sortir du piège
- Les impasses françaises
Conjoncture et actualités
- Bonne surprise pour la croissance française
- Hausse de la consommation en biens en septembre en France
- L’inflation toujours en basses eaux en France
- Croissance modeste en zone euro
- Stabilité du taux de chômage en zone euro en septembre
- Le marché du travail plie mais ne rompt pas en France
- Le deuil : miroir d’une société en fragilité
- Qui prend l’avion en France ?
- Les Français face à leurs vulnérabilités
Horizons
- Quand les seniors deviennent accros aux écrans !
- Déficits publics : le choix de la facilité ou du courage
Graphiques
- Près d’un cinquième de la population européenne en situation de pauvreté subjective
- Logement : des mises en chantier toujours en baisse !
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