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26 avril 2025 • Éditos de la Lettre Éco

Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?

Depuis son investiture, Donald Trump semble abonné aux ordres et contre-ordres. Il donne l’impression de laisser libre cours à son tempérament velléitaire, réagissant au gré des marchés, des interventions de ses conseillers ou de celles des lobbyistes. Avec lui, tout est possible et rien n’est définitif : des droits de douane au renvoi du président de la Banque centrale, en passant par l’Ukraine. Le reste du monde est contraint de s’adapter à ses foucades. Avec ce comportement erratique, le président américain est jugé par certains commentateurs imprévisible, voire fou… Mais au-delà du bruit et de l’agitation, ne ferait-il pas preuve d’un machiavélisme décomplexé au service de sa politique ?

Lors de ses cent premiers jours, Donald Trump a appliqué ses promesses de campagne, en empruntant parfois des chemins de traverse. Au sommet de ses engagements figure la volonté de rendre les États-Unis plus grands. S’il est trop tôt pour tirer une conclusion sur ce sujet, force est de constater que, depuis le mois de janvier, le président américain est responsable du soleil et de la pluie de l’économie mondiale. Il a placé son pays au cœur de toutes les discussions économiques. Même les marchés financiers vivent désormais dans l’angoisse de ses décisions quand ils s’étaient affranchis de la politique depuis le début de la mondialisation.

Au-delà du « Make America Great Again », Donald Trump souhaite rééquilibrer la balance commerciale des États-Unis, baisser le taux de change, réindustrialiser son pays et contraindre les Européens à financer leurs dépenses militaires. Sur ces différents points, en trois mois, des lignes ont été déplacées. Face au projet de relèvements massifs des droits de douane, les partenaires européens sont condamnés à négocier avec, en corollaire, des concessions obligatoires de leur part. Pour le moment, seule la Chine fait la sourde oreille, mais nul n’imagine que le bras de fer entre les deux plus grandes puissances économiques de la planète soit éternel. Les droits de douane de 10 % déjà en vigueur — constituant le tarif minimal que les États-Unis imposent à toutes les importations — seront sans nul doute pérennisés. En matière de commerce international, il y a sans nul doute un avant et un après 2 avril. Donald Trump a, de manière unilatérale, imposé sa vision. Il a récusé tout rôle à l’Organisation mondiale du commerce, qui ne peut que constater le retour des rapports de force et du bilatéralisme dans les relations commerciales. C’est lui seul qui a décidé un moratoire de 90 jours pour négocier.

Pour le dollar, le président américain peut se targuer d’avoir contribué à sa dépréciation vis-à-vis des autres grandes devises. Par ses déclarations, par ses menaces sur l’indépendance de la FED, il a amené les investisseurs à réduire leur exposition au dollar, sans pour autant passer à l’acte.

Sur le terrain de la défense, ironie de l’histoire, les Européens se sont, en un temps record, engagé à augmenter leurs dépenses afin de se prémunir contre une éventuelle défection américaine. Ils ont ainsi répondu de manière indirecte mais réelle à la demande du président américain.

Donald Trump n’a pas résolu les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient en 48 heures mais ses propositions et propos iconoclastes ont bousculé les acteurs sur le terrain. La réindustrialisation ou l’amélioration du niveau de vie des Américains ne sont encore que des promesses, loin d’être concrétisées. Donald Trump a néanmoins prouvé, en trois mois, qu’il est le roi de la communication disruptive et qu’il vit la politique comme une émission de téléréalité. Il manie la politique comme un show où chaque tweet est une scène et chaque annonce, un rebondissement scénarisé. Le président américain se comporte, pour reprendre le titre du dernier essai de Giuliano da Empoli, comme un prédateur exploitant les moindres faiblesses de ses adversaires et imposant un ordre mouvant à géométrie variable. A l’impérialisme implicite, indolore, il a substitué un impérialisme explicite, brutal. Ces dernières semaines ont néanmoins prouvé que le président américain ne pouvait pas rester sourd aux demandes des investisseurs, les entreprises comme l’État fédéral se finançant essentiellement sur les marchés financiers. Ces derniers apparaissent comme le talon d’Achille de Donald Trump…

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°646 du 26 avril 2025

L’édito de la semaine

  • Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Accalmie sur le front de la guerre commerciale
  • Le tableau de la semaine des marchés financiers
  • Le livret A en recul sur le premier trimestre 2025

Économie

  • Financement des entreprises par le crédits ou par le marché ?
  • Quand les Etats-Unis dépendent de l’Europe
  • Le protectionnisme et les leçons du passé

Conjoncture

  • Croissance : pas de récession mais un net ralentissement
  • Les chefs d’entreprises n’ont pas toujours pas le moral
  • Le moral des ménages stable en France
  • France toujours en indélicatesse avec ses finances publiques

Horizons

  • Dollar : fin de partie ?
  • La revanche de l’euro
  • Le miracle espagnol en question

Graphiques

  • Près d’un cinquième des salariés à temps partiel
  • 50 % des citadins à proximité d’un espace vert

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