Démocratie : ne pas désespérer
Pouvoir d’achat : les leçons d’un divorce !
Le pouvoir d’achat est le premier sujet d’inquiétude des ménages en France, devant la santé, la situation des finances publiques et l’insécurité1. En moyenne, les Français estiment qu’ils auraient besoins de 500 euros de plus par mois pour vivre correctement2. Or, contrairement à ce ressenti, les chiffres montrent que le pouvoir d’achat augmente en France au cours de ces vingt dernières années. La progression est lente mais réelle, de l’ordre de 15 % sur la période, en retenant le critère le plus couramment utilisé, celui du pouvoir d’achat par unité de consommation. Depuis 2020, ce dernier est en hausse. Il progresse plus vite pour les ménages modestes que pour les autres, en raison de l’indexation du SMIC sur l’inflation.
Le ressenti des ménages est pourtant tout autre. Pourquoi un tel divorce ? La faute, avant tout, aux dépenses pré-engagées (logement, assurances, abonnements, frais financiers). Celles-ci ont augmenté, notamment en raison du poids croissant des dépenses de logement dans le budget des ménages. Elles représentent en moyenne plus de 30 % de celui-ci, contre 28 % il y a vingt ans. Le seul poste « logement » absorbe, pour les jeunes actifs de moins de 25 ans non-propriétaires, près de 30 % de leur budget. Au sein des grandes agglomérations, de plus en plus de ménages sont contraints d’habiter en périphérie lointaine, les obligeant à de longues distances pour se rendre à leur travail. Les difficultés d’accès au logement constituent un problème majeur devant lequel les pouvoirs publics apparaissent impuissants depuis des années. La solution passe par une relance de la construction de logements et par une diminution des coûts.
Les modifications de la structure du panier de consommation expliquent également le sentiment de dépossession budgétaire des ménages. Ces derniers consomment moins de biens et davantage de services, en particulier sous forme d’abonnements. Même avec la multiplication de la location de longue durée, l’usage de la voiture relève désormais davantage d’un service que d’un bien. Le budget disponible se trouve ainsi mécaniquement comprimé, d’autant plus que les besoins ont tendance à progresser : smartphone, Internet, plateformes numériques, etc. Aujourd’hui, les loisirs et les vacances sont considérés par beaucoup comme incontournables, alors qu’ils constituaient encore un luxe dans les années 1960.
Pour de nombreux ménages en France, une part conséquente des revenus provient des prestations sociales. Celles-ci représentent environ la moitié des ressources des ménages figurant parmi les 10 % les plus modestes. Pour ceux du premier quintile de revenus, le poids des prestations sociales dépasse 20 %. Cette dépendance est souvent mal vécue et rend le pouvoir d’achat tributaire de l’évolution de ces transferts. Leur importance alimente également un sentiment de frustration chez ceux qui n’en bénéficient pas. La France est ainsi entrée dans une spirale perverse : les pouvoirs publics compensent la faiblesse des revenus d’activité et le coût élevé du logement par la multiplication des allocations, ce qui alimente le déficit public et conduit à relever les prélèvements obligatoires, réduisant d’autant le salaire direct.
Force est de constater, par ailleurs, que les revenus sont faibles en France. La moitié de la population dispose d’un niveau de vie inférieur à 2 150 euros par mois. En parité de pouvoir d’achat, les ménages américains situés au milieu de la distribution disposaient, en 2024, d’un revenu disponible réel supérieur de 52 % à celui de leurs homologues français. L’écart entre l’Allemagne et la France atteint 17 %. La socialisation croissante des revenus freine leur progression. Par ailleurs, le système d’exonérations de charges sociales sur les bas salaires joue le rôle d’une chape de plomb : afin d’éviter une hausse de leurs charges, les employeurs ne sont pas incités à relever les salaires ni à favoriser la montée en gamme de leur production. L’introduction d’un abattement de charges sociales sur les 500 premiers euros de salaire permettrait de limiter les effets de seuil. La faible progression des revenus est également la conséquence de l’absence, ces dernières années, de gains de productivité. L’économie française demeure insuffisamment tournée vers les secteurs technologiques, tandis que la spécialisation dans les services à faible valeur ajoutée pèse sur la croissance et sur les revenus.
Au-delà des débats statistiques, la question du pouvoir d’achat en France est prégnante. Elle alimente la défiance et la tentation du repli qui serait la plus mauvaise réponse au problème. Tant que la progression des revenus restera contrainte par une faible productivité, un marché du logement sous tension et une dépendance croissante aux transferts publics, le sentiment de déclassement persistera. Réconcilier pouvoir d’achat réel et pouvoir d’achat perçu suppose moins de dispositifs compensatoires et davantage de création de richesses et de revalorisation durable du travail.
1 enquête Elabe-BFM du 5 janvier 2026
2 baromètre du pouvoir d’achat de Cofidis – septembre 2025
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- Pouvoir d’achat : les leçons d’un divorce !
Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine
- Un début en fanfare
- Tableau financier de la semaine
- Epargne salariale : débloquer ou pas débloquer ?
- Résultats du mois de novembre : l’assurance vie dans la peau d’un leader
- A quoi sert l’épargne des ménages en France ?
Économie
- La vision court-termiste de l’Europe
- Quand les marchés sanctionneront-ils les Etats-Unis et la France ?
Conjoncture et actualités
- Inflation : toujours faible en France
- Petite amélioration du moral des ménages
- Légère baisse de l’inflation en Zone euro
- Baisse du chômage en novembre en Zone euro
- L’Italie : l’autre championne des exportations en Europe
Horizons
- La difficile entente euro-britannique
- Le pouvoir d’achat au temps des nouvelles pénuries
- France : les paradoxes de la polarisation
Graphiques
- Consommation en baisse
- Production industrielle en hausse en France
- Stabilisation de la rémunération des dépôts en France
- les défaillances d’entreprise en France
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