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12 septembre 2026 • Éditos de la Lettre Éco

Education : un état d’esprit !

Selon la dernière étude de l’OCDE, le niveau des élèves en France recule, comme dans un grand nombre de pays. La France se situe en dessous de la moyenne en mathématiques et en compréhension de l’écrit, et légèrement au-dessus en sciences. Dans un classement mécanique des scores, elle se situe autour de la 27e position pour les sciences, de la 28e pour la lecture et de la 33e pour les mathématiques, loin derrière Singapour, les régions chinoises évaluées, le Japon, la Corée du Sud, mais aussi l’Estonie ou le Royaume-Uni.

À chaque publication de l’enquête PISA, le procès du système éducatif français est instruit avec véhémence, souvent en invoquant l’insuffisance des moyens. La réalité est plus complexe. La France consacre des sommes importantes à l’éducation, même si l’effort demeure insuffisant dans le primaire par rapport à la moyenne de l’OCDE. L’encadrement des élèves y est également moins favorable que dans plusieurs pays européens. En revanche, les élèves français passent davantage d’heures en classe que la moyenne de l’OCDE. Le problème ne se résume donc ni au montant des dépenses ni au temps consacré à l’enseignement. Il renvoie aussi à l’organisation du système scolaire et, plus largement, au rapport que la société entretient avec l’éducation. Au-delà des données comptables, le mal est bien plus profond et dépasse le seul système d’enseignement. C’est le rapport à l’éducation, au sens large du terme, qui est mis en question. Au sein des pays asiatiques qui dominent le classement PISA, l’éducation est une priorité pour les familles comme pour les pouvoirs publics. L’utilisation des outils numériques y est souvent fortement encadrée et la discipline demeure une valeur cardinale. La pression sur les enfants y est élevée, parfois excessive, avec un coût psychologique qui ne doit pas être ignoré. Au Royaume-Uni, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, les systèmes éducatifs ont davantage mis l’accent sur la participation des élèves et sur l’encadrement des usages numériques.

En France, une partie des parents tend à se décharger sur l’école d’une part croissante de l’éducation de leurs enfants. Ils participent également à leur surexposition aux écrans, sans toujours bien en mesurer les conséquences. La quête d’égalité a, de son côté, parfois nourri une défiance à l’égard des filières sélectives. Sciences Po Paris a ainsi supprimé, à partir de 2021, les épreuves écrites de son concours d’entrée traditionnel au profit d’une sélection reposant davantage sur le dossier et l’oral. A la base de toute éducation, l’effort est de plus en plus souvent présenté comme une valeur d’un autre temps. Certaines filières de classes préparatoires connaissent aujourd’hui des problèmes d’attractivité, tandis que les grandes écoles ont multiplié et diversifié leurs voies d’admission. Le recul global des résultats dans de nombreux pays interpelle. Il est concomitant avec la montée en puissance du numérique. Le temps consacré à la lecture diminue, tout comme celui consacré à l’écriture, remplacées de plus en plus par le visionnage de vidéos et le scrolling. L’intelligence artificielle accentue aujourd’hui cette transformation, même s’il serait prématuré de lui imputer un recul scolaire engagé bien avant sa diffusion. Certains pourraient, certes, estimer que l’enquête de l’OCDE ne mesure pas suffisamment les nouvelles formes de savoirs et de compétences. Pour le moment, malgré tout, les difficultés d’insertion de nombreux jeunes semblent conforter l’idée d’une érosion des acquis fondamentaux. En France comme dans beaucoup de pays développés, les garçons décrochent davantage que les filles. Pour certains d’entre eux, notamment dans certains milieux, la réussite scolaire n’est pas toujours socialement valorisée. Leur rapport à l’autorité scolaire est également plus conflictuel et le rejet de l’enseignement plus fréquent. Pour les filles, l’école et le diplôme demeurent davantage un sésame d’indépendance. À cette fin, elles se révèlent en moyenne plus persévérantes que les garçons.

La baisse du niveau scolaire constatée par l’OCDE constitue un échec économique et social. En France, le recul de la productivité et le déclin de l’industrie ne sauraient évidemment être imputés à la seule école, mais ils ne sont pas sans lien avec les problèmes de formation auxquels le pays est confronté depuis des années. Les entreprises éprouvent des difficultés à recruter des ingénieurs ou des techniciens dans de nombreux secteurs. Cet inquiétant recul est également une source de frustrations. Des jeunes mal formés sont, par définition, moins susceptibles de bénéficier de l’ascenseur social. Ils risquent davantage d’occuper des emplois à faible valeur ajoutée et à modeste rémunération.

La fin de la dangereuse spirale du déclin éducatif passe en premier lieu par les parents, qui sont les premiers éducateurs. La valorisation des filières exigeantes et sélectives ainsi que des emplois qui y sont attachés est également indispensable, tout comme l’amélioration de l’attractivité des métiers de l’enseignement. En France, un professeur des écoles gagne en moyenne 26 % de moins qu’un autre actif diplômé du supérieur. Cet écart est de 17 % en moyenne au sein de l’OCDE. Les bons résultats du Royaume-Uni, de l’Estonie ou de plusieurs systèmes éducatifs d’Europe du Nord témoignent que le déclin n’est pas une fatalité. Mais enrayer celui-ci suppose de renouer avec une ambition collective pour l’éducation et avec une volonté partagée par tous ses acteurs : enseignants, pouvoirs publics, élèves et, au premier chef, parents.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°718 du 12 septembre 2026

L’édito de la semaine

  • Education : un état d’esprit !

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Ça se corse !
  • Augmentation sans surprise des taux directeurs de la BCE
  • Le tableau financier de la semaine
  • Moyens de paiement : essor du sans contact et de la fraude psychologique

Économie

  • Le monde face à la hausse des taux
  • La restauration de la compétitivité en zone euro
  • Le private équity aux Etats-Unis, une planche de salut ?

Conjoncture et actualités

  • PISA : le niveau recule en France et ailleurs
  • La croissance française patine
  • La croissance européenne accélère au deuxième trimestre 2026
  • Recul de la production industrielle en juillet en France

Horizons

  • L’IA changera-t-elle le monde ?
  • Miami : le nouveau cœur des Etats-Unis ?

Graphiques

  • Immobilier : petite diminution des prix au deuxième trimestre
  • Progression de l’obésité en Europe
  • Recul des flux de crédits pour l’habitat en juillet
  • Entreprises : des coûts de financement en hausse

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