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1 août 2026 • Éditos de la Lettre Éco

A l’épreuve du feu

Depuis le début du mois de juillet, la France est confrontée à une série d’incendies qui ravagent ses forêts. À peine les premiers feux déclarés, les fâcheux ont repris leur antienne préférée : une fois encore, l’État n’aurait rien prévu, les moyens seraient insuffisants, les décisions trop tardives et l’organisation défaillante. De pseudo-coupables sont jetés à la vindicte populaire. Inexorable, l’exécutif est pointé du doigt, considéré tout à la fois comme omniscient et absent.

L’ampleur de la catastrophe des feux de forêt de cette année ne saurait être minimisée. Depuis le début de la saison, 13 550 feux de végétation ont été recensés et plus de 116 000 hectares ont été parcourus par les flammes. À titre de comparaison, l’ensemble de l’année 2022, alors considérée comme exceptionnelle, s’était soldé par un peu plus de 70 000 hectares brûlés. En Gironde, le seul incendie de Saumos et du bassin d’Arcachon a ravagé 42 000 hectares en quelques jours. Plus de 220 000 personnes ont dû être évacuées, dont 50 000 au cours de la seule nuit du 25 au 26 juillet. Il s’agit de l’une des plus importantes opérations d’évacuation organisées en France en temps de paix. Au cœur de la saison touristique une population équivalente à celle d’une ville comme Lille a été ainsi déplacée en urgence. Les populations confrontées à la menace de l’incendie se sont révélées matures en ne cédant pas à la panique. L’efficacité globale du dispositif, ne doit rien au hasard. Plus de 2 500 sapeurs-pompiers dont deux ont perdu la vie, 1 500 militaires, 1 200 policiers et gendarmes ainsi que 450 bénévoles ont été mobilisés en Gironde. Aucune victime civile n’est à signaler. Dix-huit moyens aériens ont été engagés. Depuis le début de la saison, les avions bombardiers d’eau ont effectué plus de 5 300 largages et les hélicoptères près de 6 500. La France a également sollicité le mécanisme européen de protection civile, obtenant le renfort d’appareils slovaques, tchèques, croates, portugais et suédois. L’utilisation, pour la première fois, d’un A400M équipé d’un kit de largage de retardant a naturellement suscité une nouvelle controverse au sujet du retard pris dans son déploiement opérationnel. Comme à l’occasion de toute crise, certains ont critiqué le manque d’anticipation de l’Etat quand d’autres considéraient que toutes les précautions n’avaient pas été prises. Pour autant, face à l’urgence, le gouvernement a pris ses responsabilités en coordination avec les acteurs locaux. Cela ne signifie évidemment pas que tout est parfait. Avec douze Canadair, huit Dash, douze hélicoptères bombardiers d’eau et six Air Tractor, la France dispose d’une importante capacité d’intervention mais sans nul doute que dans les prochaines années, elle devra accroître ses moyens compte tenu de l’intensification et de l’extension géographique du risque d’incendie vers le nord du pays. La prévention devra être renforcée, tout comme la surveillance des massifs et la préparation des communes jusqu’ici peu exposées. Mais l’évaluation légitime des politiques publiques ne saurait se confondre avec un procès permanent en incompétence. Il ne faut pas oublier que neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine et plus de la moitié résultent d’imprudences ou de comportements dangereux. Aucun gouvernement ne pourra placer un pompier derrière chaque promeneur, chaque automobiliste, chaque campeur ou chaque propriétaire. L’État peut prévenir, réglementer, surveiller et intervenir ; il ne peut ni supprimer le risque ni dispenser chacun de respecter les règles élémentaires.

Les incendies de cet été illustrent finalement un travers que nous retrouvons, en permanence, dans le débat économique. Toute difficulté est immédiatement interprétée comme la preuve du déclin national et toute crise comme celle de la faillite de l’État. Une usine ferme, la politique industrielle est condamnée ; la croissance ralentit, le modèle français est déclaré moribond ; un train est retardé, le service public est réputé à l’abandon. Le déficit public et la dette augmentent ; ils symbolisent l’incurie des pouvoirs publics. Les succès sont considérés comme normaux ; les échecs comme systémiques. Fidèles à leur esprit de contradiction, les Français réclament de l’État qu’il prévoie toutes les catastrophes et qu’il en répare immédiatement les conséquences, tout en lui reprochant de trop réglementer. Ils exigent une protection absolue, mais refusent les contraintes qui l’accompagnent. Or, le risque zéro n’existe pas. Son coût serait d’ailleurs infini et aucune collectivité ne pourrait le financer. Les Français condamnent l’inaction et les réformes. Ils réclament des économies budgétaires à la condition qu’ils en soient épargnés.

La résilience d’un pays ne se mesure pas à sa capacité à empêcher toute catastrophe, mais à celle d’en limiter les conséquences, de protéger les populations et de tirer les enseignements des crises. Elle se construit surtout autour d’un esprit de consensus et d’entraide face à l’adversité. Elle suppose de la responsabilité et de la mesure. Il convient surtout de ne pas oublier qu’en matière d’incendies comme en économie, l’État ne peut pas tout et fort heureusement.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°712 du 1er août 2026

L’édito de la semaine

  • A l’épreuve du feu

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Les marchés célèbrent la croissance
  • La FED joue la montre
  • Les tableaux financiers de la semaine
  • L’assurance vie : au zénith

Économie

  • La tentation de la guerre
  • Les Etats-Unis : la fin d’un cycle ?

Conjoncture et actualités

  • Croissance française : une bonne nouvelle
  • La zone euro : une croissance à jeu égal avec les Etats-Unis
  • Amélioration estivale du moral des ménages
  • La consommation des ménages en hausse en juin
  • Marché de l’emploi : un nouveau cycle ?
  • Petite baisse de l’emploi dans le secteur privé
  • L’immobilier littoral : le retour des fondamentaux
  • Petite remontée de l’inflation en France et dans la zone euro

Horizons

  • Les marchés prédictifs à la conquête de Wall Street
  • Industrie de la défense européenne : la grande recomposition
  • R5 : une voiture iconique

Graphiques

  • Pas de reprise dans la construction
  • Plus d’un quart de l’énergie consommée en Europe est d’origine renouvelable

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