Démocratie : ne pas désespérer
Au temps du scroll
Au commencement, il y a un mouvement du pouce sur l’écran de portable ou de tablette pour faire défiler les informations. En quelques secondes, les images, les vidéos ou les textes se succèdent en s’effaçant de notre champ de vision et de notre mémoire. Au temps du scroll, l’histoire épouse ce mouvement : les événements du jour chassent ceux d’hier. Tout semble être voué à l’éphémère quand l’histoire et l’économie relèvent du temps long. Or, paradoxalement, cette succession rapide de crises oblige les États, les entreprises et les ménages à apprendre la résilience.
Depuis 2020, chaque choc a constitué un test grandeur nature. La pandémie a révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondialisées et la dépendance à certains fournisseurs stratégiques. Elle a aussi démontré une capacité d’adaptation rapide : développement accéléré des vaccins, numérisation massive du travail, soutien budgétaire d’une ampleur inédite. Les États ont ouvert largement les vannes de la dépense publique afin d’éviter un effondrement de l’activité. Cette politique a permis d’amortir le choc, mais au prix d’une forte hausse de l’endettement public dans de nombreux pays, à des niveaux inconnus depuis la Seconde Guerre mondiale.
La guerre en Ukraine a rappelé que l’énergie restait une variable géopolitique centrale. En quelques mois, l’Europe a réduit sa dépendance au gaz russe, diversifié ses approvisionnements et relancé des investissements longtemps différés. Le coût a été élevé, l’inflation brutale, mais l’ajustement a eu lieu. Les économies européennes ont dû absorber un renchérissement rapide de l’énergie qui a pesé sur l’industrie, sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat des ménages.
La vague inflationniste a mis à l’épreuve les banques centrales et les finances publiques. Après des années de taux d’intérêt proches de zéro, les autorités monétaires ont été contraintes de relever rapidement leurs taux directeurs afin d’enrayer la spirale des prix. Ce retournement monétaire marque la fin d’une longue période d’argent abondant et peu coûteux. Il renchérit le financement des États déjà fortement endettés et modifie les équilibres financiers des entreprises et des ménages.
La montée du protectionnisme et la fragmentation des échanges contraignent désormais les entreprises à repenser leurs implantations, à rapprocher certaines productions et à accepter des coûts supérieurs pour davantage de sécurité. Ce n’est plus l’optimisation pure qui domine, mais la robustesse. Les chaînes de valeur s’organisent davantage autour de logiques de proximité, de redondance et de sécurité stratégique.
La guerre qui s’est ouverte le 28 février dernier en Iran constitue un nouvel épisode de cette pédagogie contrainte. Le risque d’un choc pétrolier, la tension sur le détroit d’Ormuz, la recomposition possible des alliances régionales rappellent que l’économie mondiale demeure exposée à des ruptures brutales. Un nouveau renchérissement durable de l’énergie pourrait raviver des tensions inflationnistes que les banques centrales commençaient à peine à maîtriser et peser sur une croissance déjà fragilisée.
Ainsi, au temps du scroll, les sociétés s’habituent à vivre dans l’incertitude. Les modèles économiques intègrent à nouveau le risque géopolitique. Les politiques publiques devraient prévoir des marges de sécurité, qu’il s’agisse d’énergie, de santé ou d’approvisionnements critiques, mais le poids de l’endettement accumulé ces dernières années les en empêche. Les États ont amorti les chocs successifs par la dépense publique et par l’endettement. Cette stratégie a permis d’éviter des récessions profondes et de limiter les tensions sociales, mais trouve sa limite avec l’augmentation du service de la dette. Face à la nouvelle hausse du prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran, des voix se font entendre pour la mise en place, en France, de diminutions des taxes. Or, l’État n’en a plus guère les moyens, d’autant plus que tout allègement fiscal tend à se pérenniser. En outre, l’intervention permanente des pouvoirs publics a un effet émollient sur la concurrence qui, sur la durée, est le meilleur outil pour lutter contre l’inflation.
Le scrolling de l’histoire donne le sentiment d’un monde désarticulé. En réalité, derrière l’agitation des écrans, l’économie fait preuve de résistance et d’adaptation. Au temps du scroll, l’angoisse est immédiate, la résilience, est la meilleure des assurances.
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- Au temps du scroll
Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine
- Les marchés face à la guerre
- Guerre en Iran : quelles conséquences économiques et financières ?
- Tableau financier de la semaine
- Assurance vie : un démarrage sur les chapeaux de roue
Économie
- France : faudra-t-il passer par « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »
- Le dollar : « je t’aime moi non plus »
- La dette publique est-elle encore un problème ?
Conjoncture et actualités
- Légère baisse du chômage en Europe
- Arnaques numériques : les jeunes et les diplômés en premières lignes
- Petite augmentation de l’inflation en février
- Hausse de la production industrielle en France
Horizons
- Droits de douane américain : le combat continue
- Les puces envahiront-elles les marchés financiers ?
- Intelligence artificielle et le nouveau paradoxe de Solow
Graphiques
- Postes de direction : des femmes toujours minoritaires
- Pas d’amélioration tangible pour le marché de la construction en France
- Hausse des défaillances d’entreprises en février
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