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16 août 2025 • Éditos de la Lettre Éco

La rentrée sera chaude ?

Sur Internet, les appels à la paralysie citoyenne du pays, le 10 septembre prochain, se multiplient. L’objectif des initiateurs de ce projet est d’obtenir l’abandon du plan gouvernemental de 44 milliards d’euros d’économies, et notamment la suppression de deux jours fériés. Ce mouvement s’inscrit, par sa forme, dans le prolongement de celui des gilets jaunes du 18 novembre 2018. Comme pour ces derniers, officiellement, il n’y a ni chef ni porte-parole. Certes, quelques figures médiatiques émergent, comme l’écrivain devenu responsable des « Gueux », Alexandre Jardin, dont l’association s’est mobilisée dernièrement contre les Zones à Faibles Émissions (ZFE). En 2025, à la différence de 2018, l’effet de surprise ne jouera pas. Les pouvoirs publics scrutent attentivement la « biosphère » pour apprécier la portée de cette contestation. Les promoteurs de celle-ci entendent éviter toute violence, en privilégiant une sorte de confinement volontaire, signe que la nostalgie de la période Covid demeure.

Ce projet de grève générale, et plus largement l’hostilité au plan d’assainissement des comptes publics de François Bayrou — qui, au vu de l’ampleur des problèmes, reste bien modeste — symbolise à la perfection l’état de blocage et de fragmentation de la société. Nul ne souhaite fournir le moindre effort, considérant en accomplir déjà suffisamment. Du salarié dans la restauration au professeur des écoles, en passant par le cadre informatique ou l’agriculteur, chacun estime travailler trop et voit dans les autres les véritables feignants.

L’étranger devient alors un bouc émissaire idéal : un autre, inconnu… Il en va de même pour la perception des prestations sociales : s’il y a des déficits ou des fraudes, c’est la faute de « l’autre ». Aucun argument rationnel ne parvient, pour l’heure, à infléchir l’opinion : les Français ne veulent pas entendre que la grande majorité des immigrés travaillent, contribuent à la richesse nationale et, à revenus équivalents, perçoivent moins d’aides sociales que les natifs. Rien n’y fait : ils sont devenus, ou plutôt redevenus, des coupables parfaits.

Les faits divers, relayés avec délectation par les chaînes d’information et les réseaux sociaux — parfois téléguidés par des puissances occultes — nourrissent cette suspicion. Celle-ci ne se limite pas aux étrangers : responsables économiques, financiers ou politiques sont également victimes de cette défiance généralisée. Paradoxalement, ils paient le prix de leur propre démagogie, de leur volonté de plaire à tout prix à des citoyens qui le leur rendent mal.

À partir des années 1980, le courage politique a disparu. Peu à peu, l’action publique a renoué avec les jeux d’antan : l’objectif premier est de gagner l’élection, quitte à perdre son âme. Même si cette stratégie mène souvent à l’échec, elle est appliquée avec constance depuis quarante ans.

Les Français sont ainsi persuadés que « l’autre » — l’étranger, le riche, le voisin — pourrait régler tous les problèmes, et se dédouanent ainsi de tout effort. Beaucoup croient qu’en changeant de dirigeants, déficits et dette disparaîtront comme par enchantement. Ils refusent de regarder au-delà des frontières : en Espagne, au Portugal, en Grèce ou même en Italie, des pays ont assaini leur situation économique et financière au prix d’efforts collectifs considérables.

La rentrée sera peut-être chaude, mais elle risque surtout d’être longue : l’automne des illusions pourrait bien durer bien plus d’un hiver, les Français semblant se résigner à l’intervention d’institutions extérieures pour régler leurs problèmes intérieurs.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°662 du 16 août 2025

L’édito de la semaine

  • La rentrée sera chaude

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Les actions en mode bronzage estival !
  • Le tableau financier de la semaine

Économie

  • La zone euro : une rentière ?
  • L’âge des rendements décroissants est-il une fatalité ?

Conjoncture

  • Petite croissance en Europe au deuxième trimestre
  • Stabilité de l’inflation en France en juillet
  • Marché du travail en France au deuxième trimestre 2025 : stabilité globale et records d’emplois

Horizons

  • Autocratie et croissance
  • Les couleurs de l’économie

Graphiques

  • Hausse des émissions des gaz à effet de serre en Europe
  • Les entreprises et la publicité sur Internet

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