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29 mars 2025 • Éditos de la Lettre Éco

La hantise du monde fini

Au XIXe siècle, et surtout dans l’Entre-deux-guerres, la crainte de manquer d’espace, de matières premières et d’énergie conditionnait la politique internationale de certains pays. Cette peur a conduit au protectionnisme, puis à la colonisation, débouchant sur la Seconde Guerre mondiale. Après celle-ci, sous l’impulsion des États-Unis, les Alliés occidentaux ont opté pour la libéralisation des échanges, la libre circulation des capitaux, la décolonisation — parfois dans la douleur — et le règlement des différends par le droit. Plusieurs organisations internationales — l’ONU, le FMI, l’Organisation mondiale de la santé — ont été créées afin de réguler la vie des États, tant sur le plan diplomatique qu’économique. Malgré le rideau de fer, ces institutions ont contribué à pacifier les relations internationales. L’essor du commerce international a permis à la fois la croissance et la réduction des contraintes d’approvisionnement. En générant d’importants gains de productivité, le progrès technique, prouvé que l’économie n’était pas un gâteau de taille fixe à se partager.

Malgré la forte augmentation de la population mondiale — passée de 2,5 à 8 milliards d’habitants entre 1950 et 2025 — le niveau de vie moyen a été multiplié par plus de cinq. En 1950, plus de 60 % de la population mondiale vivait dans l’extrême pauvreté ; en 2025, selon la Banque mondiale, ce ratio est tombé à moins de 8 %.

Pourtant, depuis quelques années, la hantise d’un monde fini et de la rareté des ressources, retrouve une inquiétante acuité. La course aux terres rares menée par les Russes, les Chinois et les Américains, en est l’un des symboles. La guerre en Ukraine sous-tend une bataille pour la maîtrise de ces fameux minerais, indispensables aux énergies renouvelables. Leur quête est également l’une des raisons des troubles qui agitent la République démocratique du Congo. Elle n’est, par ailleurs, pas sans lien avec la volonté du président américain de faire main basse sur le Groenland ou le Canada.

Autrefois, les États-Unis étaient les avocats du libre-échange et de la décolonisation, au nom des principes fondateurs de leur démocratie. Aujourd’hui, ils en viennent à défendre des thèses opposées, au nom d’un souverainisme et d’un malthusianisme économiques. Ce revirement est d’autant plus étonnant que les États-Unis demeurent, de loin, la première puissance économique et technologique au monde. En se comportant en prédateurs, en récusant l’impérieuse nécessité de la transition écologique, ils tournent le dos aux principes d’universalisme et de progrès. En semblant faire le choix de Vladimir Poutine, le président américain opte pour le côté obscur de la force.

La primauté donnée aux relations bilatérales, empreintes de violence, semble clore une période de 80 ans durant laquelle le droit et le multilatéralisme l’avaient emporté, une période où la coopération était perçue comme un deal gagnant-gagnant, source de croissance. Le monde selon Donald Trump repose sur l’idée que l’amélioration du niveau de vie américain passe par la dégradation de celui des autres. Cette vision est malheureusement partagée par un nombre croissant de personnes qui ne croient plus aux bienfaits des échanges. La succession des chocs économiques et sociétaux peut expliquer en partie ce désenchantement qui transcende les pays occidentaux. La stagnation du pouvoir d’achat, la multiplication des menaces, le sentiment d’impuissance des dirigeants contribuent sans nul doute à la résurgence des comportements les plus vils.

Le système de communication, avec des informations de plus en plus en silos et perméables aux ingérences de toute nature, favorise la montée d’un populisme grégaire. L’altérité devient de plus en plus conflictuelle car chacun évolue dans un espace d’idées de plus en plus atrophié.

La sortie de cette spirale maléfique dans laquelle sont entrés les pays nécessite des remises en cause profondes. Le contrôle des réseaux sociaux, la vérification des sources d’information, la responsabilisation des acteurs des technologies de l’information et de la communication sont une impérieuse nécessité.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°642 du 29 mars 2025

L’édito de la semaine

  • De la hantise du monde fini

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Droits de douane et marchés ne font pas bon ménage
  • Le tableau de la semaine des marchés financiers
  • 200 milliards d’euros d’épargne salariale en 2025
  • Gestion d’actifs : plus de 5000 milliards d’euros

Économie

  • Quelles perspectives pour les taux d’intérêt de long terme ?
  • L’Europe toujours à la croisée des chemins !

Conjoncture

  • Déficit public de la France : grave mais moins que prévu
  • Confiance des ménages en France : une petite érosion en mars
  • Salariés privés, salariés publics quelles différences de revenus ?
  • Stabilité sur le front des prix en France en mars
  • La consommation encore en recul en France

Horizons

  • Les Américains et la fin de l’effet richesse boursier
  • Le système de santé américain au bord du gouffre

Graphiques

  • Dépenses militaires en Europe : une marche à franchir
  • Les Luxembourgeois toujours les plus riches d’Europe

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