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22 février 2025 • Éditos de la Lettre Éco

Retraites : les équations polyphoniques

Selon le dernier rapport de la Cour des Comptes, le déficit des régimes de retraite français atteindrait 15 milliards d’euros en 2030 malgré la réforme de 2023 dont l’apport financier est évalué à une quinzaine de milliards d’euros. L’atonie de la croissance économique et l’augmentation inexorable du nombre de retraités constituent un cocktail explosif. Particulièrement exposée, la France est le pays en Europe, avec l’Italie, qui consacre la part la plus importante de son PIB aux retraites. Cet effort repose, il ne faut pas l’oublier, sur les actifs. Depuis une trentaine d’années, plusieurs réformes ont été adoptées afin de contenir le montant de dépenses autour de 14 points de PIB et de limiter la dérive du déficit. L’accumulation des réformes n’est pas sans conséquences. Elle se traduira par un recul du niveau de vie relatif des retraités. Aujourd’hui équivalent à celui de l’ensemble de la population, il devrait passer en-dessous d’ici 2035. De même, l’âge effectif de départ à la retraite en France recule progressivement. Il est passé de 60,7 à 63,1 ans de 2000 à 2022. En Allemagne, il est de 65 ans.

Comment garantir des conditions de vie décentes à 17 millions de retraités aujourd’hui – 23 millions d’ici 2070 – sans porter préjudice au reste de la population et plus globalement à l’économie ? Le débat se focalise depuis des années sur l’âge légal de départ à la retraite, âge à partir duquel les actifs peuvent liquider leurs pensions. Celles-ci ne sont complètes qu’à la condition d’avoir cotisé ou validé un nombre suffisant de trimestres, sachant qu’à 67 ans cette condition tombe. Ce débat n’est-il pas stérile ? Ne serait-il pas imaginable de supprimer ce concept d’âge légal et de retenir la durée de cotisation comme juge de paix ? Les actifs pourraient liquider leurs droits à pension après 43 ou 44 années de cotisation. Sachant que l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est en France de 22 ans, l’âge normal du départ à la retraite serait de 65 ou 66 ans, ceux ayant commencé à travailler plus tôt pourraient partir également plus tôt à la retraite. Faut-il prendre en compte la pénibilité pour l’octroi des retraites, à travers l’attribution de trimestres supplémentaires ? La pénibilité est difficile à mesure et elle est évolutive. L’objectif numéro serait de la limiter au maximum durant la vie professionnelle.

Une réflexion sur la retraite à la carte pourrait être engagée en donnant ainsi de réelles marges de manœuvre aux assurés pour gérer leur carrière. Un système actuariel liant le montant de la pension à l’espérance de vie permettrait de se dégager, en partie, de la problématique des âges couperets de départ.

Pour donner de la souplesse dans la gestion des retraites, deux voies sont imaginables : l’instauration de régimes par points et le développement de suppléments par capitalisation. L’échec de la réforme de 2019 a sonné le glas de la création d’un système par points, création réclamée depuis une trentaine d’années par plusieurs organisations syndicales et partis politiques. Le pilotage efficient du régime complémentaire des salariés du privé, l’AGIRC/ARRCO démontre, pourtant, le bienfondé du système par points. À défaut de revenir à la réforme avortée, la création de deux ou trois grands régimes par points au profit des fonctions publiques, des salariés du privés et des indépendants, avec une période de basculement sur vingt ans serait une option pour avancer tout en prenant en compte les spécificités des différents statuts. Le développement des suppléments par capitalisation serait un moyen pour diversifier les ressources des prochains retraités, leur permettre de bénéficier des retombées de la croissance des entreprises françaises et étrangères. L’objectif ne serait pas de pénaliser la répartition en déshabillant Pierre pour habiller Jacques. La capitalisation doit être un plus dont profiteraient tous les actifs quand aujourd’hui un sur quatre est couvert. À cette fin, sur le modèle du compte de formation professionnelle, tous les actifs devraient être dotés d’un compte épargne retraite. Par défaut, l’épargne salariale et une partie des primes pourraient être affectées à l’épargne retraite. Des accords de branche pourraient prévoir la création de fonds de pension dont la gouvernance serait assurée par les partenaires sociaux.

Au-delà des modalités de calcul et d’obtention des pensions, la sortie de l’ornière des déficits publics passe par un surcroît de croissance. La stagnation de l’économie n’est pas une fatalité comme le prouve l’Espagne qui enregistre depuis plusieurs années une croissance de près de 3 %. Plus de travail et plus de productivité sont les deux conditions sine qua non pour renouer avec l’expansion. Le taux d’emploi peut être amélioré à la fois chez les seniors et chez les jeunes. Faut-il augmenter le volume de travail en jouant sur les congés payés ou sur la durée hebdomadaire ? Sujet sensible mais aux effets économiques réels !

Les équations de la retraite sont d’une rare complexité car elles touchent le cœur de la vie économique et sociale du pays. Elles mettent en jeu la solidarité intergénérationnelle et le partage des richesses. Le droit à la retraite est sans nul doute un des droits les plus précieux, avec celui à la santé, ces deux droits étant constitutionnellement protégés l’un et l’autre méritant d’être défendus et pérennisés.

Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine

La Lettre Éco N°637 du 22 février 2025

L’édito de la semaine

  • Retraites : les équations polyphoniques

Marchés financiers, Épargne, Revenus et Patrimoine

  • Pause sur les actions
  • Le tableau de la semaine des marchés financiers
  • Régimes de retraite : les déficits confirmés, équations difficiles
  • Plus de 11 millions de titulaires de PER en France

Économie

  • Politique monétaire : le grand fossé
  • Donald Trump, roi de l’imprévisibilité

Conjoncture

  • Amélioration du climat des affaires en France
  • Inflation, petite hausse confirmée en janvier
  • Augmentation des dossiers de surendettement en 2024 en France
  • I can’t get no satisfaction ?
  • Le e-commerce : toujours tendance
  • Bonne fin d’année pour le tourisme en France grâce aux non-résidents

Horizons

  • Les voitures chinoises à la conquête du monde !
  • Allemagne : le jour d’après !

Graphiques

  • Homicides : état des lieux
  • Stabilisation du nombre de défaillances d’entreprises en France
  • Les empreintes carbone en Europe

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