Démocratie : ne pas désespérer
Au-delà de la guerre des générations
Pendant des décennies, nous avons vécu avec comme repères 1945 et 1968, la Libération et le mouvement de mai. Durant plus de soixante ans, sur fond de croissance, les générations du baby-boom ont imposé un mode de vie par leur poids démographique. Etrangement sans réellement occuper le pouvoir. En France, seuls deux présidents, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont été les représentants au plus haut sommet de l’Etat de ces générations. Depuis les années 1960, les conflits intergénérationnels s’étaient fortement atténués avec la convergence des attitudes et des comportements. Nous partagions les mêmes vêtements, les mêmes musiques, les mêmes livres, les mêmes émissions. Les adultes se sont mis à singer les jeunes en devenant des adolescents. Les Stones pouvaient ainsi accueillir trois générations de publics et de fans. Maurice Chevalier ou Joséphine Baker n’avaient pas eu cette chance.
L’épidémie de covid-19 semble marquer une rupture et signaler le début d’une nouvelle bataille des générations, les jeunes étant accusés de mettre en danger leurs ainés en ne se protégeant pas eux-mêmes. Dans les faits, cette bataille a commencé bien avant le début de l’épidémie. Au niveau musical, le succès du rap se construit sur le rejet de la musique rock et de la variété. Les adolescents récusent de plus en plus le code vestimentaire des aînés comme en témoigne la polémique en cours dans les collèges. Les jeunes estiment que les aînés privilégient leur confort à leur détriment en leur léguant un monde dégradé et une montagne de dettes. L’avènement médiatique de Greta Thunberg comme messie du développement durable est tout un symbole. Par ailleurs les jeunes considèrent, à tort, qu’ils n’auront pas de retraite à cause des baby-boomers. Cette fracture générationnelle prend des formes différentes par rapport à celles du passé. Même si les manifestations pour le climat ont réuni des dizaines de milliers de jeunes, l’opposition est plus sourde, en phase avec une société qui est tout à la fois plus individualiste et communautariste. Les réseaux sociaux segmentent les populations en agglomérant des profils identiques. Les applications sont de moins en moins transgénérationnelles. Facebook est devenu un réseau pour adultes, les jeunes préférant TikTok, Snapchat, Askip ou Instagram. Les « digital nativ », qui vivent depuis leur prime enfance avec les outils numériques, représentent une part croissante des populations occidentales. Leur pouvoir d’influence est désormais majeur. Leur rapport au travail et à la vie en société diffère de plus en plus de celui des générations des années 1960/1980. S’ils représentent le cœur de la vie économique des pays, il n‘en sont pas moins confrontés aux problèmes de l’insertion professionnelle et de l’accès au patrimoine. La précarité avec la multiplication des CDD, de l’intérim et le recours à des prestataires en lieu et place du salariat concernent en premier lieu les jeunes actifs de 20 à 35 ans. Le patrimoine est aujourd’hui détenu majoritairement par les plus de 55 ans. L’augmentation des prix de l’immobilier a profondément modifié en une vingtaine d’années les conditions de vie des jeunes avec la multiplication des colocations ou le maintien de l’hébergement chez les parents. Pour éviter une rupture qui serait préjudiciable à la bonne marche des sociétés, des solutions s’imposent tant en ce qui concerne l’organisation de la protection sociale ou la plus grande mobilité du capital.
Au sommaire de la Lettre Éco de la semaine
L’édito de la semaine
- « Au-delà des générations, un autre monde »
Le Coin des épargnants
- Le tableau financier de la semaine
- Les marchés n’aiment pas l’automne
- La dette publique française au-dessus des 110 % du PIB
Le Coin de la conjoncture
- L’épargne, la consommation, la covid-19 et la transition énergétique, un monde schizophrène
- Le retour de la démographie
- Industrie, pourquoi la France n’est pas l’Allemagne ?
C’est déjà hier
- Poursuite de la baisse du nombre de demandeurs d’emploi en août en France
- 3,3 millions de travailleurs indépendants en France
- Climat des affaires en France, un redressement qui s’émousse
- Emploi et activité, le poids des incertitudes
- Les bébés naissent en juillet
- Les entreprises font le plein de PGE
Le Coin des tendances
- « L’âge de pierre n’a pas pris fin faute de pierres, l’âge du pétrole ne prendra pas fin faute de pétrole » (Cheik Yamani)
- La concurrence n’a pas de prix
Le Coin des graphiques
- La téléconsultation ne remplace pas le présentiel
- Plus de quatre cinquièmes des salariés à temps complet
- Les contrastes démographiques de l’Union européenne
- Lituanie, championne de l’enseignement supérieur
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